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Faire renaître l'industrie française


Anaïs Voy-Gillis est docteure en géographie de l’Institut Français de Géopolitique. Ses travaux portent sur les enjeux et les déterminants de la réindustrialisation de la France. Elle travaille également au sein du cabinet June Partners et conduit des missions de conseil opérationnel auprès de clients industriels.


Il aura fallu une pandémie, doublée d’une crise économique, pour faire revenir avec brutalité la question industrielle sur le devant de la scène. En effet, la crise a eu à la fois un rôle de catalyseur en rappelant les limites du modèle d’une société post-industrielle et d’accélérateur des mutations en cours dans l’industrie.


Dès mars 2020, les appels à reprendre notre destin en main et à reconquérir une partie de notre autonomie stratégique perdue se sont multipliés. Plus d’un an après le début de la crise, la volonté de réindustrialiser la France demeure intact et mieux encore de premières entreprises ont déjà rapatrié toute ou partie de leur production en France : on pense par exemple à Auer, filiale du groupe Muller pour le chauffage ou encore la fabrication de jeans par le groupe Fashion Cube, filiale du groupe Mulliez. De la même manière, les consommateurs réaffirment sondages après sondages [1] leur volonté de consommer plus de produits fabriqués en France et demandent plus de transparence sur l’origine des produits.


Néanmoins, de nombreux défis collectifs nous attendent encore. Faire renaître l’industrie n’est pas l’affaire de quelques industriels ou de quelques élus, mais bien l’histoire d’un collectif qui se met en mouvement derrière son industrie. Nulle industrie nationale sans une demande forte : publique par la commande publique, privé par l’évolution des politiques d’achat des entreprises en faveur de la structuration d’écosystèmes locaux et par l’évolution de nos comportements individuels.


Par ailleurs, la crise n’est pas encore derrière nous et elle aura des conséquences lourdes sur certains secteurs et sur certains territoires. Il nous faut renforcer le tissu productif existant, implanter de nouvelles activités en France et attirer des capitaux étrangers, sans quoi nous risquons de passer irrémédiablement dans une situation où l’industrie pèserait moins de 10 points de PIB. L’enjeu de cette renaissance industrielle est aussi de transformer notre système dont la crise a montré l’essoufflement.


Pour faire renaître cette industrie, il faut impérativement investir dans la modernisation de notre outil productif, dans l’innovation et dans les compétences actuelles et de demain. La crise appelle également à revoir nos manières de produire et de vendre. Dès à présent, il faut repenser le cycle de vie du produit et chercher à réduire son impact environnemental de l’extraction des matières premières jusqu’à son recyclage. Cette démarche nous oblige à penser le produit dans l’ensemble de sa chaîne de valeur et non uniquement à l’échelle d’une étape ou d’une unité de production. En outre, les produits de demain ne seront plus uniquement des produits, mais répondront à des usages avec des services associés. Il faut également envisager une production à la demande ou très personnalisée.


La crise de la COVID-19 a fait renaître une envie de produire, d’inventer et d’innover en France. Ainsi, le cycle Renaissance Industrielle souhaite apporter sa pierre à l’édifice du débat sur l’avenir de l’industrie nationale. Il se veut résolument positif et tourné vers l’avenir, sans occulter les difficultés posées par la crise de la Covid-19 et l’impact sur les compétences collectives et les écosystèmes productifs des années de désindustrialisation. La période est une opportunité de repenser en intégralité notre industrie. Repenser l’industrie en France, en Europe et dans les territoires revient également à questionner le modèle de société que nous souhaitons défendre. Faire renaître une industrie durable est l’ambition que s’est donné ce cycle.


[1] Baromètre du Made-in-France, Etudes insight d'octobre 2020 et février 2021

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